Un messie inattendu

Fête de Noël de l’Eglise, le 19 décembre 2021

Aujourd’hui c’est la fête de Noël de la paroisse. Un jour où nous faisons retentir un culte un peu exceptionnel. C’est une fête.

 On ne sait pas vraiment si Jésus est né un 25 décembre. La présence des bergers dans les champs en plein hiver fait douter que cette date est la bonne. Les évangiles de Marc et de Jean ne parlent pas de la naissance de Jésus et Paul non plus. Cela n’empêche pas que le message chrétien se propage sans la mention de la naissance.

Pourtant si deux évangiles l’ont raconté c’est pour nous faire entrer dans une histoire. Comme cela s’est passé il y a très longtemps, nous n’avons aucun élément historique qui nous l’atteste. Notre foi d’ailleurs n’a pas besoin d’attestation historique. La Bible nous raconte une histoire et que l’on soit petit ou grand, nous aimons nous emparer de cette histoire pour nous aider à voir aujourd’hui. A Noël, tous les ans, on annonce cette naissance et nous nous réjouissons. C’est la grande différence entre un événement historique que l’on commémore et un événement de foi que l’on interprète.

Les récits de Noël sont importants pour dire plusieurs choses :

La première c’est l’inattendu de la venue du Messie. On attendait un messie glorieux mais surtout un messie puissant capable de libérer Israël de l’occupation romaine. Nous avons vu ces derniers dimanches, le doute de Jean-Baptiste : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? ».  Dans le livre du prophète Michée il est écrit : « Quant à toi, Beth-Léhem Ephrata, toi qui es petite parmi les phratries de Juda, de toi sortira pour moi celui qui dominera sur Israël » (Michée 5, 1).

Et bien que nous dit le récit de Noël sur la naissance de Jésus. Qu’il n’y avait pas de place à l’hôtel pour que sa mère puisse accoucher et qu’ils ont été dans une étable. Cette mention est évidemment centrale dans le récit de Noël. C’est elle qui cristallisera beaucoup d’imagination et toute une iconographie riche autour de la crèche. Un roi ne nait pas dans une écurie mais dans un palais. Quel genre de roi vient de naître ? Ce qui est curieux dans cette image de la crèche, c’est qu’elle traduit à la fois l’humilité de la situation mais aussi son côté rural et champêtre. Nous pourrions dire si nous étions dans une campagne politique, que cela cultive l’aspect « près du peuple ». C’est le petit peuple des campagnes qui reconnait le premier Jésus. Le texte insiste pour dire que ce messie est inattendu et qu’il va forcément surprendre. Le lecteur qui commence l’évangile de Luc ou de Matthieu sait que le récit qu’il va lire va le déconcerter, peut-être l’embarrasser. C’est l’amorce de quelque chose d’extraordinaire. Le lecteur va donc être conduit de la crèche au Golgotha. Le messie sera condamné à mort et crucifié entre deux brigands. Nous sommes dans l’histoire d’un messie inattendu. Souvenons-nous du récit de Luc à propos des deux pèlerins d’Emmaüs à la fin de son évangile. Sur la route, ils sont rejoints par le Christ ressuscité, ceux-ci ne le reconnaissent pas et lui avouent leur désarroi devant la mort de Jésus : « Nous espérions que ce serait lui qui sauverait Israël » ( Luc 24, 21).

Notre imaginaire et nos traditions ont transformé la crèche en un événement bucolique, joyeux, bien que décalé par rapport au propos. A l’autre bout du récit, on ne pourra jamais enlever le côté dramatique de cette condamnation à mort.

Jésus vient où on ne l’attend pas, dans une étable, sur une croix, il est l’inattendu par excellence.

Autre élément qui agite notre imagination et remplit les traditions, c’est celle des mages. Seul l’Evangile de Matthieu les mentionne. Un évangile apocryphe (c’est-à-dire non retenu dans le canon des Ecritures) en donne leur nombre et leur nom. Ces mages sont vénus d’Orient. Ils lisaient l’histoire à venir dans les astres et savaient qu’un roi devait naitre. Naturellement, ils vont à Jérusalem au palais du roi Hérode. Un roi doit naitre dans un palais. Le roi Hérode est évidemment fort surpris que ces hommes venus d’Orient lui annoncent la naissance d’un concurrent potentiel. Ce sont les étoiles qui ont guidé nos mages mais pourtant, ils vont devoir lire la Bible pour savoir où est né le roi qu’ils cherchent. En l’occurrence, ils lisent le prophète Michée et apprennent que c’est à Bethléem qu’est né le roi des Juifs. Ils ne s’offusquent pas de le trouver dans une étable, lui offrent des cadeaux de prix et l’on nous dit qu’ils « regagnèrent leur pays par un autre chemin » (Matthieu 5, 12). Cette mention peut avoir plusieurs significations. La première c’est évidemment afin de ne pas révéler le lieu de naissance à Hérode, c’est l’explication qui correspond à l’intrigue de notre récit. Mais nous pourrions imaginer que la mention de cet « autre chemin » pourrait signifier la conversion de nos mages. Ils lisent le prophète, rencontre Jésus et partent par un « autre chemin ». Le texte nous dit-il que ces lecteurs des étoiles ont compris la signification de cette naissance ? Nous pouvons le penser.

Nous voyons que Noël est un récit à plusieurs entrées, les deux évangiles de Luc et Matthieu nous le racontent pour donner à cette naissance une humanité. Noël c’est Dieu qui se fait homme, dans une forme palpable et racontable. C’est aussi pour que ce récit s’habille d’enchantement, de mages et de bergers, d’étoile mystérieuse, de bœuf et d’âne.. et pour que tout cela nous ramène à un point précis : l’enfant dans la crèche. C’est aussi un récit dramatique puisque Marie et Joseph sont obligés de fuir en Egypte pour échapper à un massacre.

Et enfin dernière chose : dans l’Ancien Testament certaines naissances sont extraordinaires puisque les mères ont généralement dépassé   longtemps l’âge d’enfanter. Toutes ces naissances sont la réponse de Dieu à une prière. Pour Marie, elle est trop jeune pour avoir des enfants et elle n’est pas encore mariée et elle n’a pas demandé d’enfant. Que dit l’Ange Gabriel lorsqu’il rend visite à Marie : « Réjouis-toi, toi qui es comblée par la grâce ; le Seigneur est avec toi. » (Luc, 1,28).  

Ce n’est pas l’exhaussement d’une prière, c’est l’irruption de la grâce de Dieu. Avec Noël, la grâce entre dans le monde.

Brice Deymié

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