Un artiste français en résidence au cimetière

Depuis mi-mars, le cimetière accueille dans sa chambre haute et sa maison l’artiste peintre d’art sacré figuratif contemporain, Christoff Baron. Rencontre avec un artiste qui crée le lien.

Sa carrière l’a conduit à voyager pour d’assez longues durées au gré de projets d’expositions ou de commandes. Cela fait dix ans qu’il séjourne régulièrement au Liban, où il travaille avec les galeries Aida Cherfan et Mission Art.

Depuis 2016, à chacune de ses visites, il est accueilli en résidence à l’ESA (École Supérieure des Affaires, à Hamra). Cette année, il est arrivé en février pour préparer une exposition sur le thème de Beyrouth, en collaboration avec la galerie Mission Art. Mais à la suite des mesures sanitaires prises par le Liban pour conjurer le risque de pandémie, il a dû évacuer en urgence son atelier dans l’école en 24 heures.

Il s’est tourné vers l’Institut français pour trouver une solution. L’attachée culturelle, Bénédicte Vigner, l’a mis en contact avec le pasteur Gérard Riess, et a emménagé séance tenante dans la maison du cimetière protestant.

Pouvez-vous nous présenter l’artiste que vous êtes et ses champs artistiques de prédilection ?

Je travaille sur des planches de palette ou d’échafaudage que je ponce partiellement. Par la peinture, je rends au bois d’usage sa noblesse. Une photo vaut mieux qu’un long discours descriptif, mais vous pouvez découvrir mes œuvres au cimetière où je vous les présenterai avec plaisir.

Je suis issu du milieu Darbyste, mouvement fondamentaliste protestant, dont je me suis écarté à l’âge de vingt ans, en même temps que de la foi. Ce qui explique l’orthographe de mon nom d’artiste, Christoff Baron comme « Christ-off ». Parallèlement, j’ai développé une fascination pour l’iconographie, sans doute parce qu’elle était proscrite du milieu d’où je venais. Finalement, je me suis converti au catholicisme pour marquer une distance avec mon éducation.

Depuis le début de ma carrière, la figure du Christ s’impose à moi. Ma première composition, une Cène (d’ailleurs exposée l’an dernier à la cathédrale de Strasbourg) devait montrer un Christ affublé du S de Superman. En réalisant l’œuvre, j’ai réalisé que Jésus m’inspirait avant tout un profond respect et qu’il était parfaitement inconcevable de le dégrader. La moquerie a tourné à l’hommage.

Par la suite, j’ai constamment cherché à produire un art sacré que mes galeristes accueillaient avec une grande frilosité, voire un refus. La crise de 2010 a entraîné la chute brutale du marché de l’art, qui m’a permis de me focaliser pleinement sur mon aspiration à questionner l’art sacré, à tenter d’en produire une relecture contemporaine.

Je m’intéresse ces dernières années à une forme très particulière d’icône, qui donne à voir une image ourlée de scènes périphériques afférentes au sujet central. J’appelle ces compositions des “icônes narratives”. Elles constituent pour moi les prémices d’un art plus tardif, la bande dessinée.

J’ai eu l’immense honneur de réaliser des retables pour des églises en France et au Liban, et d’exposer dans des lieux où la foi s’exprime puissamment tels que la Gedächtniskirche de Berlin, l’église St-Thomas de Strasbourg ou tout récemment dans la cathédrale de Strasbourg.

Rétable de Ribeauvillé

Quelles premières impressions avez-vous eu quand vous avez découvert le cimetière, son jardin et sa chambre haute ?

Le cimetière protestant de Beyrouth m’a tout de suite charmé. C’est un lieu romantique, simple et soigné. J’ai su tout de suite que je m’y sentirai dans de parfaites conditions de création, et ça ne s’est pas démenti. La végétation y foisonne et la présence forte de la nature tranche avec l’univers urbain violemment minéral. Tout y fleurit, même les tombes, et les stèles funéraires deviennent tuteurs de la vie. Avec la crise sanitaire inattendue, cet écrin de verdure et d’Histoire se révèle être un havre pour le voisinage autant que pour moi.

La vie y continue. D’ailleurs, les voisins de l’immeuble qui fait face amènent d’ores et déjà leurs déchets végétaux pour le composteur récemment installé, on s’impatiente beaucoup aussi de voir apparaître quelques ruches en commande.

Alors que cela fait bientôt un mois que vous logez au cimetière, considérez-vous que ce lieu un peu hors du temps de Beyrouth soit un lieu propice à la création artistique ?

La volonté des responsables est clairement affichée : faire de ce lieu dédié à la mort un lieu de vie où s’épanouit la nature et la culture pour tous. Le pari est réussi : le cimetière est fréquenté par d’autres artistes et amoureux de la nature, et les projets qui s’y développent actuellement intéressent vivement le public.

Site internet de l’artiste : www.christoffbaron.com

Instagram: @christoffbaron

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