Nous attendons….

Luc 3, 10 à 17

10Les foules lui demandaient : « Que devons-nous donc faire ? »

11Il leur répondait : « Celui qui a deux chemises, qu’il en donne une à celui qui n’en a pas. Et celui qui a de quoi manger, qu’il partage ce qu’il a. »

12Des collecteurs d’impôts vinrent aussi pour être baptisés et demandèrent à Jean : « Maître, que devons-nous faire ? »

13Il leur répondit : « Ne faites pas payer plus que ce qui vous a été indiqué. »

14Des soldats lui demandèrent également : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur dit : « Ne prenez d’argent à personne par la force, ne portez pas de fausses accusations, mais contentez-vous de votre solde. »

15Le peuple attendait, plein d’espoir : chacun pensait que Jean était peut-être le Christ.

16Jean leur dit alors à tous : « Moi, je vous baptise dans l’eau ; mais celui qui vient est plus fort que moi : je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Il vous baptisera dans l’Esprit saint et dans le feu.

17Il tient en sa main la pelle à vanner pour séparer le grain de la paille. Il amassera le grain dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint jamais. »

Prédication

Bienvenus pour ce troisième dimanche de l’Avent. Et comme souvent dans les périodes de l’Avent, on parle de Jean-Baptiste. Nous avons déjà essayé, ces derniers dimanches d’expliquer et de comprendre la figure de Jean-Baptiste. Ce prophète qui sert de passage entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle, celui qui annonce Jésus-Christ mais qui, quand il est en prison, a des doutes et envoie ses disciples demander : « Es-tu celui qui va venir ou devons-nous en attendre un autre ? ». Jean-Baptiste est le témoin d’une période que l’on pourrait qualifier d’apocalyptique. Les gens attendaient quelque chose d’extraordinaire, un bouleversement du monde, la venue du messie. Jean-Baptiste est le témoin de cette période troublée mais aussi remplie d’espérance. Il baptise sur les bords du Jourdain. Ce baptême est une sorte de baptême de conversion que pratiquait certains groupes religieux juifs.

Le texte de ce dimanche a deux tonalités bien différentes.

Jean-Baptiste vient d’annoncer un jugement impitoyable : « Tout arbre qui ne produit pas de beaux fruits est coupé et jeté au feu ». Naturellement, les gens s’approchent de lui pour savoir ce qu’il conviendrait de faire pour éviter un pareil destin.

Première tonalité du texte : un projet de vie fait de charité envers son prochain et de modération dans l’exercice de professions difficilement compatibles avec l’esprit religieux du moment comme les collecteurs de taxes ou les militaires. Pour un prophète apocalyptique, il dispense un enseignement raisonnable qui installe dans le temps long. Celui de la société, en posant les règles des relations bonnes entre les humains.   

Deuxième tonalité : nous sommes dans « l’attente » certains se demandent si Jean-Baptiste n’est pas le Christ attendu. Jean-Baptiste confirme qu’il n’est que celui là mais qui prépare sa venue. Remarquons une mise en scène parfaitement orchestrée, on dirait une pièce de théâtre où le personnage secondaire est chargé d’entretenir le suspens avant l’arrivée du héros. On imagine comment certains cinéastes un peu grandiloquents pourraient représenter cette arrivée de Jésus.

 A son arrivée, il est question de deux baptêmes, un baptême d’eau, celui de Jean-Baptiste et un baptême d’Esprit et de feu, celui de Jésus. Notre passage se conclut par une reprise des menaces de jugement, cette fois ce n’est plus la hache qui tranche mais Jean-Baptiste évoque le Christ avec une fourche à la main. C’est une image du Christ assez peu répandue dans l’iconographie chrétienne.

Quel est le sens de ce passage aux deux tonalités bien différentes, encadré par des annonces de jugement ?  Jean-Baptiste est persuadé de l’imminence du jugement et il est persuadé que le Christ est venu pour ce jugement.  

Pourtant il y a deux temps qui s’affrontent : le temps long, celui des actes et le temps court, celui de la révélation. Dans un contexte apocalyptique, on est toujours confronté à ces deux temps qui paraissent incompatibles.

Si je n’ai pas aujourd’hui produit du fruit comment le pourrai-je demain alors que déjà la sentence affleure ? Qu’est ce que c’est que cette proposition de changer si je n’ai pas le temps de la mettre en pratique ?

Le chrétien est toujours dans cette contradiction entre l’installation dans l’histoire et l’avènement du Royaume. Un théologien catholique avait écrit : Jésus annonçait le Royaume et c’est l’Eglise qui est venue. Il indiquait ainsi la situation du croyant qui devait habiter son attente. La meilleure façon de l’habiter c’est sans doute l’Eglise, mais l’Eglise visible est une institution humaine avec ses forces et ses faiblesses.  

Le Christianisme n’est pas une religion légaliste et nous ne faisons pas notre salut en accomplissant des bonnes œuvres. Jean-Baptiste reste dans la logique de la loi : produisez du fruit et vous serez du bon côté lors du jugement. Jésus inverse ce raisonnement en annonçant la primauté de la foi. Lors de nombreux miracles, il annonce au guéri : va ta foi t’as sauvé. Jésus ne demande pas au malade si c’est un homme bon ou il ne lui demande pas de décliner l’ensemble de ces œuvres. Il annonce l’irruption du Royaume dans cette personne. Puis la renvoie dans le monde.

Cette contradiction des temps, entre temps de l’histoire et temps du Royaume est une caractéristique de l’être chrétien, nous vivons de ça. Parfois avec joie, parfois avec tristesse. Heureusement qu’il y a des Noëls qui donnent corps à l’attente, qui l’incarne dans ce moment d’origine, dans ce recommencement. Qui est-il celui que nous attendons ?

Nous nous transportons dans cette Palestine du début de notre ère, nous regardons avec un sentiment mêlé de crainte et d’amusement ce prophète rempli de certitudes.

 Aujourd’hui, à notre façon, nous nous préparons à recevoir celui qui vient et à l’accueillir dans nos vies.

Brice Deymié  

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