Naaman le lépreux

Culte du 5 décembre 2021

 Lecture biblique : 2 Rois 5, 1 à 19

1Le général en chef du roi de Syrie s’appelait Naaman. Son maître l’appréciait beaucoup et il le traitait avec faveur ; en effet, c’était par lui que le Seigneur avait donné la victoire aux Syriens. Mais ce vaillant guerrier était lépreux. 

2Or des pillards syriens, qui avaient pénétré en bandes dans le territoire d’Israël, en avaient ramené prisonnière une fillette, qui devint la servante de la femme de Naaman. 

3La fillette dit un jour à sa maîtresse : « Ah ! si seulement mon maître se présentait au prophète qui est à Samarie. Celui-ci le guérirait de sa lèpre. »

4Naaman alla parler au roi et lui dit : « Voilà ce qu’a dit la fillette qui vient du pays d’Israël. » 

5– « Bien, dit le roi de Syrie, va trouver le roi d’Israël avec la lettre que je te remettrai pour lui. » Naaman partit donc, en emportant environ trois cents kilos d’argent, soixante kilos d’or et dix habits de fête. 

6Il remit au roi d’Israël la lettre où le roi de Syrie avait écrit : « En même temps que te parvient cette lettre, je t’envoie mon général Naaman, pour que tu le guérisses de sa lèpre. » 

7Dès que le roi d’Israël eut fini de lire la lettre, il déchira ses vêtements et s’écria : « Suis-je Dieu, moi, avec le pouvoir de faire mourir et de faire revivre ? Voilà le roi de Syrie qui m’envoie quelqu’un pour que je le guérisse de la lèpre ! Vous voyez bien : il cherche à me provoquer ! »

8Lorsque Élisée le prophète apprit que le roi d’Israël avait déchiré ses vêtements, il lui fit dire : « Pourquoi es-tu bouleversé à ce point ? Que cet homme vienne vers moi, et il saura qu’il y a un prophète en Israël. »

9Naaman vint avec son char et ses chevaux, et il se tenait devant la porte de la maison d’Élisée. 

10Élisée envoya un messager lui dire : « Va te plonger sept fois dans l’eau du Jourdain. Alors tu seras guéri et purifié. » 

11Naaman se mit en colère et il s’en alla en disant : « Je pensais que le prophète sortirait de chez lui, qu’il se tiendrait debout et prierait le Seigneur son Dieu ; je pensais qu’il passerait sa main sur l’endroit malade et que ma lèpre serait guérie. 

12D’ailleurs les rivières de Damas, l’Abana et le Parpar ne valent-elles pas mieux que tous les cours d’eau du pays d’Israël ! Ne pourrais-je pas m’y plonger pour être purifié ? »

Naaman fit demi-tour et il s’en alla furieux. 

13Mais ses serviteurs vinrent lui dire : « Maître, si le prophète t’avait ordonné quelque chose de difficile, ne l’aurais-tu pas fait ? Alors pourquoi ne pas faire ce qu’il te dit : te plonger simplement dans l’eau pour être purifié ? » 

14Naaman descendit au bord du Jourdain et il se trempa sept fois, comme Élisée l’avait dit, et il fut purifié : sa peau redevint semblable à celle d’un petit enfant. 

15Aussitôt, il revint chez le prophète avec tous ceux qui l’accompagnaient ; il se présenta devant lui et dit : « Maintenant je sais que sur toute la terre, il n’y a pas d’autre Dieu que celui d’Israël ! Veuille accepter le cadeau que je t’offre. » 

16Mais Élisée répondit : « Aussi vrai que le Seigneur dont je suis le serviteur est vivant, je te l’assure : je n’accepterai rien. » Naaman insista, mais Élisée refusa.

17Naaman reprit : « Puisque tu refuses tout cadeau, permets-moi au moins d’emporter un peu de terre de ton pays, de quoi charger deux mulets ; car ton serviteur ne veut plus offrir de sacrifices complets ou de sacrifices de paix à d’autres dieux qu’au Seigneur. 

18Seulement, que le Seigneur me pardonne pour ceci : quand mon maître, le roi de Syrie, entre dans le temple de son dieu Rimmon pour prier, je dois m’incliner jusqu’à terre en même temps que lui, car il s’appuie sur mon bras. Que le Seigneur veuille bien me pardonner ce geste. » 

19Élisée lui répondit : « Va en paix. » Et Naaman partit.

Prédication

Le texte que nous venons de lire nous compte la guérison et la conversion d’un général nommé Naaman. L’histoire de ce général commence par un curieux contraste, contraste entre pouvoir et impuissance :

Pouvoir car ce général est un homme de guerre talentueux, apprécié du roi, favori de la cour, son nom Naaman signifie gracieux, plaisant.

Impuissance car Naaman est lépreux.

Dieu est mêlé à ce contraste entre pouvoir et impuissance, Dieu est mêlé à ce choc : c’est Dieu qui a permis à Aram, à la Syrie, de vaincre Israël, dès le début, Dieu est présent dans la vie de Naaman mais celui-ci ne le sait pas.

Ce puissant général est lépreux, au temps biblique, un homme atteint par la lèpre est un maudit, dans le monde biblique, la lèpre est associée à la mort et vue comme une punition divine.

Deuxième contraste de ce texte, ce n’est plus par le pouvoir que Dieu va s’adresser à Naaman le lépreux mais par l’intermédiaire d’une fillette captive, elle est esclave déportée, elle est l’emblème de la défaite et de la soumission d’Israël, mais elle est aussi l’emblème de la foi d’Israël en son Dieu. C’est donc la parole d’une captive qui va donner à Naaman le chemin de la guérison, ce chemin qui mène jusqu’à un prophète en Israël.

Naaman confiant va emprunter ce chemin mais toute une série de malentendus va presque lui faire renoncer à cette guérison.

Premier malentendu :

Naaman commence par se tromper d’interlocuteurs en homme de pouvoir, en homme puissant, il s’adresse au roi d’Israël et le roi d’Israël prend peur, pourquoi son adversaire de toujours le prend-t-il pour Dieu et il flaire une provocation. Elisée envoie alors un de ses serviteurs pour dire au roi d’Israël de faire venir ce général étranger : « Que Naaman vienne me trouver, il saura qu’il y a un prophète en Israël ».

Deuxième malentendu :

Naaman ne peut décidément pas se contenter de la simplicité : avec tout son cortège impressionnant, il se rend chez Elisée, Elisée ne daigne pas recevoir ce personnage important et il lui fait dire par l’intermédiaire d’un serviteur : « Va lave-toi sept fois dans le Jourdain : ta chair deviendra saine et tu seras purifié ». Cette fois pour Naaman c’en est trop. Qui donc est ce prophète pour ignorer à ce point les usages élémentaires de l’hospitalité et du protocole ?

En fait l’irritation du héros trahit sa déception : Elisée devant tant de puissance aurait dû se déplacer en personne, or il délègue un messager. Face à la demande d’exorcisme, libérer Naaman de sa lèpre, Elisée se dérobe, il n’utilise pas de magie, ne manipule pas Naaman, il donne l’ordre banal de se laver sept fois. Cet ordre c’est généralement les prêtres en Israël qui le donnaient après avoir constaté la guérison d’un malade, ce qu’ordonne Elisée ce n’est donc pas un acte d’exorcisme mais du simple rituel de pureté.

Pire encore que l’impolitesse, c’est le ridicule du remède qui est prescrit qui irrite le général. Le Jourdain, cette petite rivière, n’a rien de majestueux, alors que les fleuves de Damas traversent la ville au milieu d’allées d’arbres et de jardins. L’envoi au Jourdain froisse la sensibilité nationale de Naaman. Il semble donc qu’après cette suite de malentendus, Naaman soit sur le point de tourner les talons et de partir définitivement.

Mais une troisième fois Dieu intervient en se servant d’intermédiaire. Après la fillette et les serviteurs d’Elisée, Dieu suscite la réaction des gens de la suite de Naaman qui lui font une suggestion qui coule de source : “Si le prophète t’avait dit de faire quelque chose d’extraordinaire, ne l’aurais-tu pas fait ? A plus forte raison quand il te dit : lave-toi et tu seras purifié ».

Encore une fois, Naaman cède. Pour entrer dans le Jourdain, il va devoir enlever son uniforme de gloire, se mettre nu sous les yeux de ses serviteurs, se montrer tel qu’il est dans la vérité de sa personne : non plus le héros Naaman, mais Naaman le lépreux, homme comme tous les autres, rongé par un mal mortel.

Naaman le lépreux se plonge sept fois dans le Jourdain et après ces bains successifs, Naaman sera intégrable au peuple de Dieu. Naaman fait plus que de se tremper comme l’avait ordonné Elisée, le texte dit qu’il se plonge. Le terme employé est le même que celui qui caractérise le baptême d’un nouveau converti chez les juifs. Naaman se plonge sept fois dans le Jourdain et fait la rencontre de son Dieu.

Cette guérison m’amène à faire trois remarques :

  1. L’étonnant, le merveilleux de ce récit, c’est la démonstration de la patience, de la persévérance de Dieu. Dieu a décidé de guérir Naaman, Dieu veut le sauver. Par trois fois il supporte ses atermoiements pour arriver à ses fins. Dieu fait plus qu’offrir la guérison : il est guérison et salut, la guérison c’est la rencontre avec Dieu. Naaman sort du Jourdain en homme nouveau. Elisée n’est pas présent dans cette guérison, il laisse toute la place à Dieu. A Dieu seul la gloire ! Cette histoire qui surgit est aussi la nôtre. La foi c’est croire que, dans toute situation, Dieu nous cherche, Dieu veut notre guérison et notre salut, et il finira par nous guérir, il finira par nous sauver, malgré nous s’il le faut. C’est pourquoi, aujourd’hui, je peux toujours dire : je sais que Dieu me cherche et me sauve.
  2. Dans la personne de Naaman, je trouve ma propre image. Moi aussi j’ai de la peine à croire que Dieu m’offre ce salut, j’ai de la peine à recevoir la guérison. Est-ce trop étonnant, trop merveilleux, trop simple ? Peut-être ! L’eau du Jourdain ? Trop facile ? Cette guérison est offerte sans que j’en aie à en payer le prix, sans que je puisse faire la moindre des choses pour la mériter. La guérison m’est toujours offerte, le salut m’est toujours donné.
  3. Parce que nous avons de la peine à accepter ce don étonnant et merveilleux, nous avons besoin d’aide, nous avons besoin des autres. Pour Naaman, il a fallu une fillette, un serviteur d’Elisée et des gens de sa suite. Nous avons tous besoin d’un appui qui nous vient d’autrui. D’où la nécessité de la recherche en commun, de la foi partagée, du miracle renouvelé, de la présence de l’Eglise et aussi des gens du dehors. Ce qui signifie que chacun de nous, comme nous sommes, nous sommes utiles aux autres. Dieu m’appelle à être une fillette, un serviteur d’Elisée ou un compagnon, pour ceux que Dieu met sur mon chemin.

Pour que Dieu puisse vraiment se révéler le Dieu qui guérit, le Dieu qui sauve.

Brice Deymié

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