Lucidité, courage, persévérance dans l’adversité… Luc 21,5-19

Luc 21, 5-19

Certains disciples de Jésus parlaient du Temple, admirant la beauté des pierres et les dons des fidèles. Jésus leur dit : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe que cela va se réaliser ? » Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront en mon nom et diront : ‘C’est moi’, ou encore : ‘Le moment est arrivé’. Ne les suivez pas ! Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin. » Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre, et çà et là des épidémies de peste et des famines ; des faits terrifiants surviendront, et de grands signes dans le ciel. Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon Nom. Cela vous donnera l’occasion de porter témoignage. Mettez-vous dans la tête que vous n’avez pas à préparer votre défense. Moi-même je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront condamner à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. »

Qu’il était beau, le Temple de Jérusalem, au début des années 30 de notre ère ! Il y avait 42 ans que le roi Hérode avait commencé sa restauration, et il allait encore falloir plus de 30 ans pour l’achever. C’était l’une des sept merveilles du monde de l’antiquité, et rien n’avait été négligé pour en souligner la magnificence. Des fouilles récentes ont mis à jour ses fondations gigantesques : l’une des pierres pèse 170 tonnes. Cela nous donne une idée de la splendeur de l’édifice. Aussi, on peut imaginer la stupeur des amis de Jésus qui viennent de lui faire remarquer combien c’est beau et qui l’entendent annoncer qu’il n’en restera pas pierre sur pierre, et que tout sera détruit. La prophétie se réalisera quarante ans plus tard, lors de la prise de Jérusalem par Titus. Il ne reste aujourd’hui que le « mur des lamentations », où chaque jour viennent se recueillir et prier des foules de Juifs pieux. Si on vous disait que Paris ou Rome ou Istanbul vont disparaître, votre réaction naturelle serait de penser que ce sera la fin du monde. C’est ce qu’ont pensé les disciples de Jésus, dès le jour de cette prophétie. Aussi, dans un style qui n’est pas toujours facile à comprendre (on appelle cela le style apocalyptique) Jésus va les mettre en garde en leur disant que, même s’il s’agit de la fin d’un monde, il ne s’agit pas de la fin du monde. Par conséquent, ils doivent adopter une autre perspective et continuer à vivre leur vie quotidienne avec lucidité, courage et persévérance. Lucidité, d’abord : « Ne vous laissez pas égarer » par ceux qui vous diront que le Messie est ici ou là, ou que la fin du monde est pour telle ou telle date. Nous en avons peut-être rencontrés, des personnes qui annoncent avec aplomb de telles sornettes, démenties par le cours des choses. Soyez lucides, nous redit Jésus. D’abord parce que « nul ne sait ni le jour ni l’heure ». De telles erreurs de perspective, en en rencontre tout au long de l’histoire de l’Eglise, dès les premières années de l’Eglise primitive. L’apôtre Paul, qui lui-même avait cru à un retour imminent du Christ, a vite changé d’attitude. Dans sa deuxième lettre aux chrétiens de Thessalonique, il critique vertement ceux qui, dans l’attente de ce retour imminent, ne travaillent plus, « affairés à ne rien faire ». Soyons lucides, et ne nous laissons pas séduire par n’importe quelle nouvelle doctrine qu’on vient nous prêcher. Il y a de quoi être sidéré quelques fois, devant le manque d’esprit critique de tant de braves gens qui croient sans broncher le discours du premier venu. Jésus aujourd’hui nous demande de garder la tête froide et l’esprit lucide. Lucidité et courage. Pourquoi ? Parce que, nous dit Jésus, les épreuves ne manquent pas. Ni sur le plan de notre existence personnelle, ni sur le plan de l’histoire de l’humanité, ou encore des nations qui la composent, nous en savons quelque chose au Liban… C’est en effet à toutes les époques que l’humanité a supporté guerres, révolutions, tremblements de terre, épidémies de toutes sortes, et, hélas, encore de nos jours, avec, en prime, la famine dans certaines régions du globe. Et c’est à toutes les époques que des chrétiens ont eu à subir les moqueries, les incompréhensions, même dans leur propre famille, la prison, la torture et la mort pour rester fidèles à leur foi. C’est encore vrai de nos jours. Alors, courage, nous redit Jésus : ne vous laissez pas abattre par l’adversité. Courage et persévérance. Ne soyez pas de ces gens qui, un certain temps, sont « tout feu tout flamme » et veulent en montrer à tous par leur pratique, leurs vertus et leur esprit chrétien, et qui, un autre jour, laissent tomber et abandonnent. A l’épreuve de la durée, leur générosité s’étiole et leur fidélité s’effondre. Jésus le sait bien, qui nous redit aujourd’hui que « c’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. » Jésus nous dit pourquoi nous n’avons rien à craindre. C’est qu’il est avec nous. Avec chacun de nous personnellement et avec son Église. Malgré nos faiblesses, nos lâchetés ; malgré nos reniements même, il est avec nous ; il est avec son Église. Et cela jusqu’à la fin. Car il y a une fin. Mais il faut bien nous entendre sur le double sens du mot « fin ». Le mot signifie, certes, l’achèvement de tout, au sens où l’on parle de la fin d’une vie. Mais il signifie aussi le but, la finalité que les hommes poursuivent, le but et le sens de l’histoire terrestre. Dans cette perspective, la fin est comme le moteur de l’histoire. Ce n’est pas le non-sens et l’absurdité qui dictent la marche de notre histoire : car, nous, nous savons, grâce au Christ, où nous allons, chacun de nous personnellement ainsi que notre humanité, collectivement. La fin du monde, c’est comme l’accouchement du monde nouveau. Actuellement, dit l’ap Paul « la création toute entière gémit, en proie aux douleurs de l’enfantement ». Nous vivons chaque jour cette histoire qui balbutie et cherche à se frayer un chemin à travers les obstacles. Si nous gardons lucidité et courage, si nous vivons dans une confiante persévérance les années qui nous sont données, notre vie prendra sens et ne tournera pas en rond. Et notre vie quotidienne prendra relief et saveur, parce que le Christ est avec nous jusqu’à la fin du monde. Mieux : il marche devant nous et nous guide, comme le « premier de cordée » qui nous conduit au sommet. Voilà la fin (le but vers lequel on tend), la finalité, l’achèvement ultime qui nous attend. En ces temps d’incertitudes, de confusion et de doute, il est bon de nous réconforter les uns les autres par ces promesses, puisque c’est Jésus lui-même qui en atteste la validité et la fermeté qui nous permet de garder lucidité et courage et persévérance.

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