Culte du dimanche 24 octobre 2021- Descends de ton arbre

Luc 19, 1 à 10

  1. Il entra dans Jéricho et passa par la ville. 

2Un nommé Zachée, qui était chef des collecteurs des taxes et qui était riche, 

3cherchait à voir qui était Jésus ; mais à cause de la foule, il ne pouvait pas le voir, car il était de petite taille. 

4Il courut en avant et monta sur un sycomore pour le voir, parce qu’il devait passer par là. 

5Lorsque Jésus fut arrivé à cet endroit, il leva les yeux et lui dit : Zachée, descends vite ; il faut que je demeure aujourd’hui chez toi. 

6Tout joyeux, Zachée descendit vite pour le recevoir. 

7En voyant cela, tous maugréaient : Il est allé loger chez un pécheur ! 

8Mais Zachée, debout, dit au Seigneur : Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j’ai extorqué quoi que ce soit à quelqu’un, je lui rends le quadruple. 

9Jésus lui dit : Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d’Abraham. 

10Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. 

L’histoire de Zachée plaît d’habitude beaucoup aux enfants, parce qu’ils s’identifient facilement à cet homme petit qui s’élève et qui rencontre le Christ. Or, ce texte est par ailleurs essentiel : il nous montre quelqu’un à qui Jésus dit qu’il est sauvé. Or, ce n’est pas si souvent que Jésus dit une chose pareille. Nous pouvons donc essayer de chercher pourquoi Jésus à pu dire à Zachée que le salut était arrivé sur sa maison ; qu’a-t-il fait pour cela ?

On peut êter tenté de chercher la solution dans les paroles mêmes de Zachée : « je donne aux pauvres la moitié de mes biens et, si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Est-ce donc par ses œuvres que Zachée est sauvé ? 

Non. La preuve, c’est que Jésus lui dit qu’il est sauvé, c’est vrai, mais il ajoute aussitôt : le fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Ainsi la conclusion même du récit est que le salut est offert par grâce et non par mérite. On doit donc penser que le Christ écoute avec patience et mansuétude Zachée lui faisant l’énumération de ces bonnes œuvres mais en fait, il n’en tient pas compte ; il considère plutôt que Zachée, comme nous tous, est par nature condamnable et perdu et néanmoins, il lui donne le salut. 

Si ce n’est pas dans ses mérites qu’il faut trouver ce qui fera accéder Zachée au salut, alors on ne peut que le chercher dans sa démarche même pour rencontrer le Christ, rencontre libératrice qui fait que finalement le Christ viendra habiter chez lui et que le Christ lui déclarera que le salut est arrivé sur lui et sur sa maison. 

Il faut reprendre le texte, essayer de comprendre ce qui s’y passe. 

Tout d’abord, le texte dit que l’histoire se passe à Jéricho or vous savez, Jéricho, c’était la ville qui s’était opposée à l’entrée du peuple hébreu en terre promise, ensuite on nous dit que Zachée était le chef des publicains, ceux qui collaboraient avec l’ennemi et prenaient l’argent du peuple et enfin on nous dit qu’il était riche. Zachée veut dire en hébreu : « celui qui est juste », « celui qui est pur ». Or, dans la Bible, le nom de quelqu’un désigne sa nature profonde. Nous avons donc là une sorte d’autocontradiction, avec ce personnage qui, dans le fond, s’appelle « le juste » ou « le pur », mais qui a toutes les apparences et l’attitude de celui qui s’oppose à Dieu. 

Il est, en fait, finalement, comme nous tous, avec beaucoup d’opposition à Dieu, d’infidélités, mais dans le fond de son cœur, il est quelqu’un de pur et de juste. Oui, je ne crois pas qu’au fond de nous-mêmes, ce soit vraiment le mal qui règne. Je crois que dans le fond de chaque homme, il y a un trésor de grandeur, de profondeur, de pureté, d’amour, et que souvent ce trésor est voilé, caché par trop de préoccupations humaines, trop de jalousies, de mesquineries qui font que la pureté originelle de notre cœur ne peut pas se révéler. Il y a bien des obstacles entre nous et Dieu, obstacles qui sont les mêmes pour Zachée que pour nous. 

Zachée cherchait à voir Jésus. C’est le point de départ de tout. Malgré son imperfection, il avait une sorte d’aspiration vers le Christ. Nous voyons ce qui s’oppose au succès de sa démarche : deux choses, la foule et sa petite taille. 

Que représente la foule ici ? Des fidèles du Christ ? Des curieux ? Elle forme un rempart infranchissable pour Zachée et même peut être un rempart hostile. Zachée cherche à contourner cette difficulté. Le deuxième obstacle est évidemment la petite taille de Zachée et il y a risque de se sentir petit par rapport aux autres, de se dire que l’on n’est pas capable d’être aussi bien que les autres. 

Le texte nous dit : « il courut en avant ». Il ne monte pas tout de suite sur son arbre mais il court en avant, il ne se décourage pas, il ne reste pas sur place à macérer ses aigreurs à l’égard de la foule, ou de sa petitesse, en se disant que c’est de la faute des autres, ou de sa propre faute. 

Il monta sur un sycomore, il ne considère pas sa petitesse comme une fatalité, il a une vraie conscience de sa faiblesse, conscience qui est juste ce qu’il faut pour ne pas s’en désespérer, et pouvoir chercher à réagir. Le sycomore est une sorte de figuier sauvage, et le figuier, comme le sycomore, est le lieu de l’étude de la Bible. Dans la tradition rabbinique, « se mettre sous le figuier », veut dire se mettre au bénéfice des fruits de l’Ecriture. Zachée monte, s’élève d’une certaine façon dans la méditation et dans la réflexion, non pour être le plus grand, mais pour avoir une chance d’apercevoir le Christ. 

Le Christ s’avance à travers la foule et pourtant il va porter son regard vers Zachée dans son sycomore. Dans ce récit il est beaucoup question de vision. Zachée ne peut pas voir le Christ alors il monte dans un arbre, Zachée ne veut pas être vu, il s’extrait de cette foule a priori hostile, il veut voir sans être vu. Pourtant rien ne se passe comme prévu puisque hors de cette foule qui accompagne le Christ, le Christ ne verra finalement que Zachée dans son arbre. Et la première chose qu’il lui dit c’est : « descend de ton arbre ». 

Non seulement le Christ ramène Zachée au niveau des autres hommes en bas mais en plus il lui dit qu’il faut qu’il aille demeurer chez lui. La vie chrétienne c’est d’une certaine façon monter dans l’arbre et y redescendre, c’est descendre en acceptant d’être nous-mêmes. La relation à Dieu c’est comme l’échelle de Jacob, avec les anges qui montent et qui descendent. C’est dans ce mélange subtil de ces différents mouvements que nous pouvons recevoir le Christ, et à ce moment-là, indépendamment de tout mérite, mais en ayant conscience que, dans le fond, nous sommes perdus, et que Dieu nous donne son salut. Alors, nous recevons cette nouvelle comme Zachée, qui nous dit être tout joyeux. 

Oui, nous avons alors à la fois le salut et la joie, la joie d’appartenir au peuple de Dieu, comme Jésus lui dit : « Celui-ci est aussi un fils d’Abraham, ce qui veut dire : celui-ci est héritier de la promesse ; or, le propre d’un héritier, c’est qu’il gagne quelque chose qu’il ne méritait pas. Ce qu’il gagne, c’est d’être dans le peuple de Dieu, d’être un enfant de Dieu, d’être dans la joie, pour la vie, pour l’éternité. 

Amen

Brice Deymié

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