Des ruines du temple surgit la vie.

Il y a bientôt dix ans, le temple de l’Église protestante qui trônait au milieu de jardins en terrasse entre la mer et le campus du Collège protestant français fut rasé par les tractopelles et le terrain partiellement vendu à un promoteur immobilier.


Après dix années durant lesquelles la friche est laissée à l’abandon et alors que le projet d’immeuble contenant le nouveau temple laisse les protestants libanais dubitatifs, voire soupçonneux, nous décidâmes de briser le cadenas qui scellait les lieux et d’en réouvrir les portes, laissant apparaître un paysage méditerranéen unique dans la capitale libanaise.


Car que vîmes-nous en ce dimanche d’avril où nous poussâmes le lourd portail noir gardé de par et d’autre de majestueux palmiers ?


Il fallut pousser fort pour pénétrer, les buissons ayant envahi l’entrée. Enjambant les lentana rose, orange et jaunes qui envahissaient le chemin, nous rejoignîmes le terre-plein central, là où le bâtiment du culte avait jadis trôné et où les fondations du temple et de la maison pastorale sont encore visibles à l’ombre de deux immenses ficus.


Quel paysage magnifique et si improbable au cœur de la métropole libanaise réputée n’offrir que du béton : contre une tour d’une quinzaine d’étages, trois terrasses tournées vers la mer et recouvertes d’une végétation méditerranéenne luxuriante à cette époque de l’année : sous les palmiers de la première plate-forme, s’épanouissent les buissons de romarin et les oliviers ; si le béton de la deuxième terrasse limite la végétation à quelques nicotiniers et lauriers roses, c’est une cascade de capucines en fleurs qui recouvre le bas de la colline et grimpe aux agaves qui y prospèrent.


Toute architecture en a été éliminée, ne laissant qu’une chape de béton sur le terre-plein central et un tuyau noir indiquant l’arrivée d’eau dans la montée, mais la nature a repris ses droits, offert un poumon de verdure, un morceau de garrigue méditerranéenne.


Alors quand les anciens de la communauté en virent les photos, le traumatisme laissé par la destruction du temple ressurgit avec d’autant de vigueur que nul n’y était depuis revenu. Boudou qui nous y accompagna par la suite fut particulièrement émue : “Que j’avais pleuré le jour de la démolition ! Vous vous rendez compte, un temple au milieu d’un paradis. Nous ne comprenions pas les raisons de sa destruction : vendre le somptueux terrain du temple pour payer le modeste salaire d’un pasteur : quel comble !” Et d’ajouter : “Seul l’oubli progressif d’une telle beauté nous permit d’en faire le deuil. Mais maintenant que je vois ce lieu à nouveau, c’est dur”. La douleur rejaillit tout aussi aigre et vive.


L’église protestante sut cependant réinvestir la friche, trouvant ce qui pouvait seoir à ces jardins en sursis. Au printemps, nous déposâmes au milieu des fleurs 10 ruches achetées à Miel du Levant et de dont l’entretien permit de tisser de nouveaux liens et dont le travail offre désormais à la communauté un second miel après celui de la rue de Damas, plus marin, et au goût marqué par la proximité d’une forêt d’eucalyptus.


L’église songe désormais à faire fructifier l’expérience en saisissant l’opportunité de ce morceau de verdure au milieu de la ville pour y faire s’épanouir la vie et mener des activités pédagogiques d’éducation à la nature.

Réaction à l’article de notre très chère Christine Lacoste épouse du Pasteur Pierre Lacoste qui fut le dernier couple pastoral à occuper les lieux avec leur fille Sophie.
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