Culte de rentrée du dimanche 12 septembre 2021

Message du Pasteur Brice Deymié à la communauté de Beyrouth et résumé de la prédication ci-après.

Avant propos : évidemment je regrette beaucoup ne pas être avec vous en chair et en os. Tous nos bagages étaient prêts, et un désir très fort de faire votre connaissance. Avec confiance et grâce au travail acharné de certains d’entre vous, nous allons bientôt être parmi vous. Soyez béni, bon dimanche sous la grâce de Dieu.

Luc 1, 57-80

Élisabeth donne naissance à Jean le baptiste

57Le moment arriva où Élisabeth devait accoucher et elle mit au monde un fils. 58Ses voisins et les membres de sa parenté apprirent que le Seigneur lui avait donné cette grande preuve de sa bonté et ils s’en réjouissaient avec elle. 59Le huitième jour après la naissance, ils vinrent pour circoncire l’enfant ; ils voulaient lui donner le nom de son père, Zacharie. 60Mais sa mère déclara : « Non, il s’appellera Jean. » 61Ils lui dirent : « Mais, personne dans ta famille ne porte ce nom ! » 62Alors, ils demandèrent par gestes au père comment il voulait qu’on nomme son enfant. 63Zacharie se fit apporter une tablette à écrire et il y inscrivit ces mots : « Jean est bien son nom. » Ils s’en étonnèrent tous. 64Aussitôt, Zacharie put de nouveau parler : il se mit à louer Dieu à haute voix. 65Alors, tous les voisins éprouvèrent de la crainte, et dans toute la région montagneuse de la Judée on se racontait ces événements. 66Tous ceux qui en entendaient parler y repensaient et ils se demandaient : « Que deviendra donc ce petit enfant ? » La puissance du Seigneur était en effet avec lui.

Le cantique prophétique de Zacharie67Zacharie, le père du petit enfant, fut rempli de l’Esprit saint ; il se mit à prophétiser : 68« Béni soit le Seigneur, le Dieu du peuple d’Israël, parce qu’il est venu secourir son peuple et l’a délivré ! 69Il a fait lever pour nous une force qui nous sauve, parmi les descendants du roi David, son serviteur. 70C’est ce qu’il avait annoncé depuis longtemps par les prophètes de Dieu : 71il avait promis qu’il nous délivrerait de nos ennemis et du pouvoir de tous ceux qui nous veulent du mal. 72Il a manifesté sa bonté envers nos ancêtres et il s’est souvenu de son alliance qui est sainte. 73En effet, Dieu avait fait serment à Abraham, notre ancêtre, 74de nous libérer du pouvoir des ennemis et de nous permettre ainsi de le servir sans peur, 75en vivant tous les jours d’une façon digne de lui, accordée à sa volonté et sous son regard. 76Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Dieu très-haut, car tu marcheras devant le Seigneur pour préparer ses chemins 77et pour faire savoir à son peuple qu’il vient le sauver en pardonnant ses péchés. 78Notre Dieu est plein de tendresse et de bonté : il fera briller sur nous une lumière d’en haut, semblable à celle du soleil levant, 79pour éclairer ceux qui se trouvent dans la nuit et dans l’ombre de la mort, pour diriger nos pas sur le chemin de la paix. » 80L’enfant grandissait et son esprit se développait. Il demeura dans des lieux déserts jusqu’au jour où il se présenta publiquement devant le peuple d’Israël.


Frères et sœurs,
Ce matin nous nous retrouvons en communauté, nous nous retrouvons pour parler d’aujourd’hui, pour parler de demain et de notre avenir.

Je vous propose ce matin un regard vers l’avenir en regardant le passé. Pourquoi les projets d’avenir devraient faire table rase du passé. La Bible a pour cela beaucoup d’intelligence et nous propose des récits qui nous interrogent sur ce que nous voulons construire avec Dieu.
Ici deux vieillards impliqués dans une situation à laquelle ils ne s’attendaient pas conçoivent la situation comme un cadeau de Dieu, mais savent-ils s’ils auront assez de forces pour l’assumer ?
La première solution qui leur est proposée leur vient du groupe de femmes qui entourent Elisabeth. Elles ont très vite enfermé l’enfant dans la tradition séculaire des prêtres. Il sera prêtre comme son Père, puisque c’est la tradition de sa famille. Il portera le même nom que lui, il apprendra un métier pour vivre et consacrera toute sa vie à l’œuvre de Dieu. Elles estiment que c’est le Seigneur qui a voulu cette situation et c’est lui qui leur donnera la force de l’accomplir.

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Pourtant, si le Seigneur est à l’origine de cette situation, il est à prévoir qu’il souhaite un autre projet. Il ne veut sans doute pas que cet enfant reste enfermé dans le courant de la tradition. Il faut qu’il entre dans un autre projet qui s’inscrira dans un ordre nouveau. Et c’est ce qui se passera. Pour aller de l’avant, il faut accepter les défis que Dieu propose.
C’est ce genre de défi qui provoque régulièrement les communautés de croyants quand elles arrivent à un tournent de leur histoire. Elles savent bien qu’elles ne peuvent nourrir l’espérance en répétant simplement les traditions du passé. Ce genre de question devient pertinent quand les mœurs et la société évoluent à grande vitesse comme c’est le cas en ce moment. Faut-il s’adapter, faut-il innover, faut-il inventer pour rester fidèle aux promesses de Dieu ?

A l’époque où se situait l’événement de la naissance de Jean Baptiste, on sentait monter des espérances nouvelles. On espérait un Messie qui bouterait les Romains hors les murs et libérerait le peuple des Hébreux. Mais une chape de plomb s’était abattue sur la société.
Tout mouvement de résistance était violemment réprimé. Il était impensable que les hommes puissent mener à bien une révolution quelconque. Toutes les tentatives avaient jusqu’alors lamentablement échouées. Seule une révolution menée par Dieu aurait une chance de réussir. Mais pour réussir, il fallait le soutien d’un peuple bien préparé, il fallait une dynamique bien rodée, il fallait croire que Dieu habitait déjà l’avenir, encore fallait-il lire correctement les projets de Dieu et écouter ce qu’il avait à dire.

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Avez-vous remarqué, en revenant à notre texte qu’il nous parle d’une parole prophétique qui a été donnée ici à un vieillard muet ? Il faut y voir comme une provocation à l’égard de ceux qui ne croient plus que la sagesse des anciens puisse éclairer l’avenir et que pour faire du nouveau il faut gommer le passé, car on considère qu’il faut faire jeune pour avoir raison. Ici la parole est donnée à un vieillard, mais passage porte en plus une autre provocation. Le témoin est muet !
Ainsi la parole qui nous est proposée aujourd’hui est-elle portée, par un homme doublement incapable d’avoir une parole intelligible : trop vieux et muet, à nous de comprendre.

On aurait donc tendance, à considérer que le vieux Zacharie représente la tradition dépassée qui n’a plus rien à dire aux générations nouvelles, c’est pourquoi il serait devenu muet. Certains pourraient même dire, et on l’a dit, que l’Ancien Testament est dépassé, vive le nouveau ! Mais, ce serait aller trop vite en besogne.
Cela peut aussi vouloir dire que les générations nouvelles ne sont plus capables d’entendre ce qui est porteur d’avenir dans les messages de la tradition. Le vieux prêtre, dont la fonction n’était pas de parler, mais de célébrer, parle de délivrance, de connaissance du salut et de chemin de paix. Voici en trois mots le résumé de la bénédiction qu’il prononce sur le petit enfant. Délivrance, Salut et Paix. Ces mots prennent alors une valeur prophétique et disent exactement ce que nous avons besoin d’entendre, c’est ce qui avait été dit jadis par les prophètes et ce que Jean Baptiste et Jésus ont dit après eux. C’est cela qui motivera notre construction de l’avenir.
La naissance de Jean-Baptiste fut pour ses parents Zacharie et Élisabeth un événement inespéré. Ils étaient âgés et à leurs yeux l’avenir ne devait plus leur offrir grand chose.

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Mais voilà qu’est survenu l’inconcevable. Une bonne nouvelle comme ils n’en attendaient plus ! Un fils.

Ainsi donc par sa naissance, Jean-Baptiste nous dit : Que Dieu n’a pas encore dit son dernier mot dans notre vie et dans le monde. Il a encore de bonnes surprises à nous faire.

Nous sommes appelés à entendre ce message, à ouvrir les yeux et à reconnaître les heureux événements qui jalonnent notre route. Ils ne sont pas souvent spectaculaires, mais ce sont autant de petits signes qui disent que le bon et le bien ne se sont pas détournés de nous. À travers eux, le Seigneur nous fait des clins d’œil. Il nous dit : « Ne te ferme pas, ne te replie pas sur toi-même et sur ce qui te pèse. »

Jean-Baptiste encourageait les gens à pratiquer la Loi, à être bons, à partager. Il les appelait à la conversion, à une vie nouvelle. Il essayait de ranimer l’espoir. Et on venait à lui.

Il me semble que malgré tout nous n avons pas plus de raison d’être pessimistes car Jean-Baptiste a beaucoup de fils et de filles qui, comme lui, sèment autour d’eux de l’espoir. Au milieu de leur famille ou de leur quartier, dans leur métier ou leurs loisirs, en paroles ou en actes, ils remettent de l’espoir dans les cœurs. Fêter Jean-Baptiste, c’est prendre le temps de reconnaître ces hommes et ces femmes, de les remercier et surtout de prier pour eux afin qu ils ne se prêchent pas eux-mêmes mais celui qui vient après eux dans un monde où règnent souvent la déception, la désillusion, le défaitisme, la déprime.

Enfin souvenons-nous que la vie et le ministère de Jean ne s’expliquent pas en dehors de leur référence à Jésus.

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Le nom de Jean signifie « Dieu fait grâce ». C’est ce que Dieu réalise pour nous aujourd’hui. De manière inattendu “Dieu fera grâce il nous donnera la joie d’être ses filles et ses fils.

Car Il connaît déjà notre souffrance : enfermés tels nous le sommes dans la violence, la haine, l’égoïsme, la rancune et prisonniers de notre malheur du mauvais traitement contre la vie et les enfants.

Mais comme il l’a fait au temps de Moïse, Dieu intervient pour nous ouvrir un chemin de libération selon les termes de la prédication de Jean Baptiste : « Convertissez-vous », disait-il : enlever toutes les pierres qui font mal, aplanir toutes les montagnes d’égoïsme, combler tous les fossés creusés par l’indifférence.

Souvenons nous c’est dans nos vies que le Christ veut naître à nouveau.

Car plus que jamais Dieu vient à nous pour nous faire grâce enfin, Tu auras joie et allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance » (Lc 1, 13-14). Beaucoup en effet se sont réjouis de sa naissance, et vingt siècles plus tard, nous continuons à parler de cet enfant.

Je voudrais faire de ces paroles également un souhait pour tous les pères et les mères qui, comme Elizabeth et Zacharie, vivent le
moment de l’attente ou de la naissance d’un enfant : puissiez-vous également éprouver de la joie et de l’allégresse pour l’enfant que Dieu vous a confié et vous réjouir de sa naissance toute votre vie et pour l’éternité !

L’Evangile consiste à croire que l’amour de Dieu nous invite à donner priorité aux autres dans toutes nos actions. Il nous invite à

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travailler dans ce monde pour le mieux-être de tous, à commencer par les plus faibles. C’est alors qu’un jour nouveau sans haine et sans violence est en train de se lever sur la société des hommes.

C’est impossible a-t-on dit jusqu’à ce jour ! Mais l’Esprit de Dieu est tenace et nous demande de lui faire confiance pour que tout cela s’accomplisse pour ce temps nouveau qui commence.

Amen
Brice Deymié le 13 septembre 2021

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