« Prenons-en de la graine ! » (méditation de Luc 17.3-6)

Luc 13.18-19 (TOB)

18 Il dit alors : « A quoi est comparable le Royaume de Dieu ? A quoi le comparerai-je ? 19 Il est comparable à une graine de moutarde qu’un homme prend et plante dans son jardin. Elle pousse, elle devient un arbre, et les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. » 20 Il dit encore : « A quoi comparerai-je le Royaume de Dieu ? 21Il est comparable à du levain qu’une femme prend et enfouit dans trois mesures de farine, si bien que toute la masse lève. »

Luc 17.3-6

« 3 Si ton frère vient à t’offenser, reprends-le ; et s’il se repent, pardonne-lui. Et si sept fois le jour il t’offense et que sept fois il revienne à toi en disant : “Je me repens”, tu lui pardonneras. »

Les apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi. » Le Seigneur dit : « Si vraiment vous aviez de la foi gros comme une graine de moutarde, vous diriez à ce sycomore : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous obéirait.


« Augmente-nous la foi ! » Les disciples demandent une augmentation. Le syndicalisme n’est donc pas né au 20e siècle ! De tous temps les hommes ont revendiqué plus de droits , plus de privilèges. Ici, ils n’hésitent pas à demander une rallonge de puissance spirituelle : plus de foi !

Puissance, désir de puissance…

A leur décharge, depuis qu’ils ont tout quitté pour suivre Jésus, ils ont vu des choses étonnantes, des actes de puissance (dunamis en grec traduit par miracles, Luc 10.13 et 19.37)

Jésus leur est apparu comme un maître étincelant au pouvoir sans limite. Ils ont vu des foules se déplacer et être nourries par lui ; ils l’ont vu calmer une tempête, guérir un paralysé, et, comble de tout, ressusciter un mort à Naïn.

Ils ont sans doute été moins traversés par son enseignement  appelant à devenir pauvre, à ressembler aux enfants, à aimer ses ennemis, à renoncer à soi en prenant sa croix…

Qui n’a jamais exprimé à Dieu cette prière des disciples : « Seigneur donne-nous plus de foi ». Mais sommes-nous conscients de ce que nous demandons-là ?

Petit mais costaud

La réponse de Jésus nous montre que cette prière n’est pas celle que nous devrions prier. J’entends Jésus nous répondre quelque chose comme ça :

« Alors mes amis ? Vous voulez une foi en béton ? Vous voulez une foi capable de déplacer les montagnes ? Vous avez besoin d’une connexion toute-puissante avec le ciel pour agir avec puissance sur la terre ? J’ai ce qu’il vous faut ! »

Je l’imagine maintenant fouiller dans sa poche et sortir un objet microscopique, invisible, une graine de moutarde…

Voilà ce qu’est la foi : une petite graine. La foi, ce n’est pas une question de taille, de plus ou de moins. Elle n’est pas quelque chose qu’on peut travailler, sculpter, perfectionner, quantifier. La foi n’est pas une OGM qu’on bricole dans un laboratoire pour produire des plantes plus rentables ; au contraire, la foi est simple comme une graine de moutarde. Autrement dit : elle est ou elle n’est pas !

La question de la foi

Par cette image de la graine de moutarde, Jésus veut  faire comprendre à ses disciples qu’on ne peut pas être plus ou moins croyants. Dans la rencontre avec Jésus, il n’y a pas de compromis possible : ou bien on suit, ou bien on reste en arrière. En le suivant, on découvre la foi dont on a besoin pour vivre et agir dans le monde. La question qui est au centre de cette discussion c’est : Avez-vous choisi de vous mettre en marche avec le Seigneur Jésus ?

Le plus dur reste à faire

Cette histoire de sycomore volant est choisie pour bien faire comprendre aux disciples le caractère déplacé et ridicule de leur requête En réalité, on ne déplace pas plus les sycomores de Galilée que les cèdres du Liban ou les platanes de Marseille. La foi n’a pas pour but la déforestation et la désertification. Au contraire, la foi est donnée pour planter, construire, protéger, partager et surtout… PARDONNER ! Nous avions perdu de vue le contexte de la demande des disciples : ils veulent plus de foi parce qu’ils n’arrivent pas à pardonner  ! (v.3-4)

La foi sert donc à réaliser des choses indispensables au vivre ensemble entre les hommes. Faire voler des arbres, ne sert à rien. Mais pardonner plusieurs fois par jour, à celui qui nous tourmente, cela peut avoir d’immenses conséquences : la  transformation de soi et du monde ! Et seule la foi en Jésus donne ce pouvoir de pacification.

Ta grâce me suffit !

Cette semaine nous avons appris le terrible accident d’un jeune activiste de l’association « Offre joie » à Beyrouth. Sur le réseau social de l’Eglise, quelqu’un nous a invité à prier pour lui en ces termes : « Priez pour que Jésus fasse un miracle et que notre ami revienne à Sa vie ». (S majuscule dans le texte !). « La vie de qui ? » ai-je aussitôt demandé. La vie du Christ à n’en point douter !

La vie après l’accident, qu’elle suive le chemin du rétablissement ou non, ne dépend pas de la puissance de notre prière. Nous sommes seulement invités à demander que ce jeune homme revienne à la vie de Dieu pour y trouver sa place. Quelle que soit sa future condition, s’il est en Christ, sa foi, à défaut de faire voler les sycomores, transportera des montagnes d’inertie, d’égoïsme, d’amertume et de colère pour les jeter dans l’abîme de l’oubli.

La foi n’est donc pas un pouvoir qui nous ferait échapper à notre condition humaine. Elle en est la puissance transfiguratrice ! Amen.

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